Axe 1

Formalisation des interactions humaines et des actes de langage


Depuis deux ans, j’ai développé une large partie de mon travail autour de la formalisation en ludique de situations pragmatiques [1].

Un des premiers travaux sur cet axe a été de développer une formalisation des situations de dialogue en ludique (voir [ST5]). Par ce moyen nous avons montré que la ludique est un cadre pertinent pour l’analyse et la formalisation des dialogues. Nous avons ensuite affiné nos méthodes pour enrichir le modèle, qui était au départ très formel. Nous avons choisi de nous focaliser sur le dialogue du fait de sa ressemblance structurelle et conceptuelle avec les interactions ludiques, mais aussi, dans l’idée d’une théorie pragmatique plus étendue que la simple formalisation des dialogues, du fait de la centralité du phénomène dialogique dans la constitution de l’intersubjectivité et de son rà´le dans la théorie de la connaissance

La question logique de savoir comment s’établissent les connaissances est remplacée ici par celle de savoir comment l’exploration mutuelle des structures de justification permet d’établir des connaissances (vues comme des noyaux stables d’interaction).

Je me suis penché notamment sur la formalisation de situations conventionnelles (vente et achat, échange, dialogue téléphonique), sur la formalisation des stratagèmes de Schopenhauer et de quelques sophismes classiques. L’essentiel de l’analyse développée dans ce cadre porte sur la manière dont se réalisent les rencontres, et donc sur la forme que peut prendre chaque micro-interaction :

Dans la màªme optique, je travaille aussi sur la formalisation des actes de langage et l’extension de la théorie classique (voir [ST6]).

Nous définissons des actes de langage ludiques (ALL) comme une structure apte à remplir certains tests, et dont l’interaction produit une modification du contexte.

Ce modèle possède deux couches de représentation. La première, la plus primitive, est constituée par les interactions en contexte. Elle comprend donc les structures qui supportent l’acte de langage. La seconde, plus abstraite, est le résultat de catégorisations réalisées par les agents, sur la base des interactions réelles entre actes de langage et avec le contexte.

Cette double articulation ouvre la voie à la prise en compte du caractère relatif des actes en fonction de sa structure, du contexte et de l’observateur.

Ainsi, chaque type d’ALL correspond à une catégorie dans la couche abstraite, et chaque ALL d’un certain type est une structure appartenant à cette catégorie. Les ALL sont polymorphes. Ils sont insaturés en tant qu’unité dans la mesure o๠une structure d’ALL est en attente d’interaction : elle ne se définit qu’une fois insérée dans un contexte. Mais elle est saturée en tant que composition, au sens o๠elle est déterminée par sa structure, et notamment par les sous-structures qui la composent et qui peuvent appartenir à une catégorie particulière dans la couche abstraite. De fait, le modèle permet donc de rendre compte des différentes réalisations possibles d’une màªme structure, et donc de sa catégorisation, en fonction de l’épreuve qu’elle subit dans le contexte.

Le corps de l’acte de langage est bien sà »r caractérisé par des pré-requis (\mathcal{C}_1,...,\mathcal{C}_n \subset \mathcal{C}), et des effets attendus (\mathcal{E}_1,...,\mathcal{E}_m \subset \mathcal{E}). Il est donc de la forme :

Un effet dans \mathcal{E}, une fois produit, peut àªtre requis pour un autre acte et donc appartenir à \mathcal{C}. On a l’interaction suivante :

On définit ensuite la dynamique d’interaction entre actes de langage. Pour \mathscr{L} un acte de langage choisi dans la catégorie \mathcal{C} \vdash \mathcal{E} : si le contexte contient la structure \mathscr{D} \in \mathcal{C}, alors, l’interaction de \mathscr{L} avec le contexte converge vers \mathscr{E} \in \mathcal{E}. Sinon, l’interaction diverge

Ces formalisations connaissent pour l’instant une progression régulière et plutà´t encourageante. Dans une perspective critique, il faut néanmoins reconnaà®tre que les difficultés rencontrées sont encore nombreuses, et qu’elles rendent compte de l’étendue du travail qui reste à accomplir. Certaines sont liées à la nature màªme du travail de formalisation logique, d’autres à l’ambition spécifique de cette application.

Ces travaux comptent parmi les principaux résultats positifs du programme PRELUDE, projet conduit avec le soutien de l’Agence Nationale de la Recherche de 2006 à 2009 sous la direction d’Alain Lecomte. Ils constituent une partie importante du noyau dur constitué pour le projet LOCI proposé en ANR en 2010 (voir section 5).

Notes

[1] En collaboration notamment avec Myriam Quatrini et Marie-Renée Fleury.

Samuel Tronçon - 2014