Axe 2

Les ancrages cognitifs de la signification


Dans le cadre des groupes de recherche pluridisciplinaires auxquels je participe, j’ai axé une partie de mes recherches sur la question des ancrages cognitifs, psychologiques et sociaux de la signification. Les travaux de Bernard Teissier et Giuseppe Longo, sur la signification des concepts géométriques, ceux de Pierre Livet sur la signification des opérateurs logiques attestent du renouveau de cette réflexion dans un champ qui va des mathématiques à l’ontologie. Je m’intéresse, pour ma part, à la signification des langues naturelles et la théorie de la communication. Il s’agit notamment d’élaborer un cadre conceptuel tenant compte de l’interactivité des agents, pour rendre compte de la signification des actes linguistiques.

Cet axe tente de concilier la posture sémiotique issue des travaux de Saussure et de la tradition structuraliste en sciences humaines, avec les apports des sciences cognitives dans une perspective qui, tout en n’étant pas strictement computationnaliste, emprunte néanmoins à la logique des notions essentielles.

Nous partons du principe que la représentation s’organise autour de systèmes de symboles matériels, l’être humain ayant une tendance inconsciente à l’interprétation au moyen de symboles. Dans l’analyse des systèmes symboliques nous portons plus particulièrement notre attention sur le processus qui donne lieu à l’occurrence d’un symbole plutôt qu’au supposé contenu psychique ou à une prétendue référence externe censée lui donner son sens. Enfin, nous supposons que l’usage des systèmes symboliques structure l’esprit et que nous pouvons donc développer par ce moyen une étude dynamique et plastique de la construction de sens et de connaissance.

Afin de m’assurer de l’intérêt de cette démarche, j’ai d’aillleurs effectué des observations avec des psychologues entre 2005 et 2007 qui m’ont permis d’acquérir une connaissance de terrain dans le champ psychosocial.

Du point de vue théorique, j’ai d’abord élaboré des correspondances entre les grilles conceptuelles en théorie de la démonstration, théorie de la signification, théorie de la connaissance et théorie des types. Ces grilles, qui sont évidemment en perpétuelle amélioration, ont pour objectif de permettre une compréhension et une mise en relation plus aisée des différents concepts. Nous prenons comme point de départ l’isomorphisme de Curry-Howard, qui définit la correspondance entre preuves et programmes. Cet isomorphisme a permis un enrichissement mutuel des disciplines concernées (logique, mathématiques, informatique), et le développement de nouveaux champs de recherche à partir des années 1960.

Nous avons là un espace opératoire, fondé autour de la notion d’interaction entre processus, dont il s’agit ensuite de tirer un maximum d’interprétations et de liaisons conceptuelles.

Du point de vue conceptuel, je me suis concentré depuis 2006 autour de l’analyse des concepts de signification, de connaissance et d’information. Au cours de ma thèse, j’avais déjà identifié en sémantique formelle trois niveaux d’analyse pour la signification logique. Ces trois niveaux correspondent à la différence que l’on peut faire en logique entre une proposition (local), une démonstration de la proposition (fonctionnel), et l’interaction entre des démonstrations (relationnel). Je tente désormais de systématiser cette analyse pour concevoir un modèle complet, comme en rend compte le tableau ci-dessous :

ConnaissanceSignificationInformation
Local Accès Attente Inscription
Fonctionnel Processus Usage Flux
Relationnel Concurrence Attraction Intensité

Samuel Tronçon - 2014