Axe 3

Interactions sociales et normatives


Modélisation de l’apprentissage de la langue des signes

Un terrain particulièrement propice à l’observation concernant le rà´le de l’interaction dans l’apprentissage est celui de la Langue des Signes. Les études sur cette dernière se sont beaucoup développées dans les dix dernières années principalement autour de Christian Cuxac et de son équipe à Paris 8, basées sur des concepts de sémiotique plus que de linguistique au sens strict.

Les concepts classiques en linguistique comme celui de double articulation (phonème / morphème) ou bien ceux de la syntaxe (appliqués et applicables principalement aux langues configurationnelles) sont brouillés, voire absents lorsqu’on se penche sur la Langue des Signes. Il n’est pourtant pas question de prétendre que celle-ci se résume à un pur jeu de mime, o๠n’importe quel enchaà®nement de "tagmèmes" serait possible. S’il y a une syntaxe de la Langue des Signes, elle est dans un espace à trois dimensions et de ce fait ouvre un champ de possibles que n’ont pas les langues orales. L’apprentissage dans un tel contexte peut difficilement se ramener à la fixation de quelques paramètres données par une "Grammaire Universelle" : il s’agit en fait de régler une gestuelle largement iconique par interaction avec une autre gestuelle.

Sur cet axe, je collabore avec l’équipe de langue des signes (dirigée par Christian Cuxac) du Laboratoire Structures Formelles du Langage de Paris 8, sur l’observation in vivo d’interactions (séquences vidéo) et la fourniture attendue d’outils logiciels pour améliorer la détection et l’analyse des stratégies adoptées par des signants s’initiant à une nouvelle langue des signes.

J’ai notamment développé une maquette logicielle permettant de formaliser des situations de jeu entre partenaires dont les stratégies sont représentées par des arbres, dont les noeuds sont étiquetés, comme en ludique, par des listes d’actions possibles ou des attentes de telles listes en fonction du signe employé. Il en ressort des itinéraires privilégiés à l’intérieur de l’espace de toutes les séquences action-réaction possibles.

Etude de la communication en situation de conflit

En 2007, j’ai pu mener des observations sur les conflits d’entreprise ayant entraà®né une procédure juridique non-judiciaire. J’ai alors procédé à de nombreux entretiens pour collecter des données. L’objet de l’observation était de comprendre la manière dont le conflit était né, les étapes de sa construction, les phases décisives ayant mené à son aggravation ou sa résolution. Le corpus était constitué par l’ensemble des documents écrits disponibles, ainsi que des commentaires des protagonistes en narration subjective.

Grà¢ce à ce travail, nous avons pu observer en situation réelle quelques points de notre théorie. En effet, il est alors patent que la stratégie de chaque interlocuteur se base sur l’interprétation de l’intention qui prévaut à la stratégie de l’autre. On remarque aussi que, malgré les apparences, les intentions des interlocuteurs ne sont jamais manifestes et que les représentations ne sont pas congruentes màªme après la résolution du conflit. Nous en sommes venus à supposer que la différence entre situations conflictuelles et non-conflictuelles réside dans la manière dont l’interlocuteur se positionne et le type de schèmes d’interprétation qu’il utilise à l’égard de l’autre.

Je souhaite renouveller ce travail sous la forme d’une étude complète qui sera notamment reliée à mes travaux sur l’ancrage psychosocial de la signification. J’ai notamment un projet de collaboration avec Jean-Claude Abric (Psychologie Sociale) et Pierre-Yves Gilles (Psychologie du développement), qui a été engagé à l’occasion de l’intégration de plusieurs de leur(e)s étudiant(e)s sur les projets d’expérimentation sociale que j’ai dirigé chez Résurgences\footnoteJ’ai notamment participé à la formation de trois étudiantes en Master Professionnel, dans le cadre de stages pour l’obtention du titre de psychologue en entreprise (Peggy Asciak, Coralie Hana-Elias, Deborah Romain), et je participe à l’encadrement d’une thèse en entreprise sur les représentations sociales du travail chez les demandeurs d’emploi en insertion (dirigée par J-C. Abric)..

Etude longitudinale des interactions dans une entreprise d’insertion

Depuis près de dix ans, je collabore étroitement avec l’association Résurgences, dans laquelle j’ai réalisé plusieurs projets d’expérimentation sociale. Résurgences est aussi très impliquée dans le projet ANR ’LOCI’ (voir section 5) en tant que partenaire privé du projet en collaboration notamment avec l’Université de Paris 8, l’Institut de Mathématiques de Luminy et le Queen Mary College (University of London).

J’y ai notamment mis en place tout l’infrastructure d’évaluation, de démarche qualité, de formation et d’encadrement. Cette infrastructure a plusieurs particularités qui en font un excellent objet d’étude. D’abord, l’organisation des différentes fonctions a été choisie pour faciliter leur coordination mutuelle. La fonction de production par exemple est entièrement intégrée à la fonction pédagogique, et inversement.

Ensuite, la démarche d’amélioration de la structure est entièrement intégrée à l’organisation grà¢ce à une évaluation permanente de l’impact de l’organisation sur les parcours, sur la production et la mobilisation des salariés.

Enfin, cette organisation a aussi été pensée pour générer des données utiles pour la compréhension et l’évaluation de l’action. Ce qui permet aujourd’hui de pouvoir fournir plusieurs années de données exploitables.

Résurgences, structure de recherche et d’action en sciences sociales, met à disposition de mes recherches à venir ces données anonymisées. Le processus d’évaluation de l’organisation, placé sous ma responsabilité, est toujours en cours d’amélioration, ce qui laisse espérer une pérennisation et un renforcement de l’expérimentation. à€ ce titre, l’association envisage d’accueillir deux thèses qui porteront spécifiquement sur ces questions.

Au titre des expérimentations sociales, nous avons par exemple testé sur plusieurs années différentes organisations du travail, en comparant leur impact sur les salariés, le bien-àªtre au travail, la réussite en termes d’insertion, en termes de qualification des salariés à la sortie du dispositif...

Au fil des ans, un mode organisationnel a ainsi été sélectionné qui permet une régulation permanente et équilibrée, en impliquant notamment dans la démarche d’amélioration et d’évaluation tous les salariés quel que soit leur niveau d’engagement, leur position hiérarchique et leur niveau de qualification.

Ce travail important n’a pour l’instant pas été formalisé. Mais par la quantité et la qualité des données récupérées, il est envisageable de les valoriser assez rapidement par la production d’une première étude de synthèse qui pourrait àªtre produite dans les douze mois.

Samuel Tronçon - 2014